Marc Bretin

Mon « oncle » Marc Bretin (1905-1995) était le fils de la sœur de ma grand-mère maternelle. Du temps de leur jeunesse, il fut un grand ami de ma mère et de son frère décédé trop tôt à 19 ans.
Il avait fait carrière dans l’enseignement et avait été professeur de latin en Algérie à Blida et Constantine. Mes parents étaient allés le voir là-bas avant ma naissance et avaient rapportés de ce voyage expéditionnaire quelques pièces régionales (vases, plateau, table de jeu, etc.) que j’ai toujours chez moi, sauf ce que j’ai donné et vendu.
 
Lycée Duveyrier, 5ème classique 1953-1954.
Sans enfant avec ma tante Simone, il exerçait la profession de proviseur du Lycée d’Arbois, dans le Jura dans les années 1960. Adolescent, j’allais passer quelques jours en été chez eux pendant les vacances et je garde des souvenirs enchantés de ce dépaysement familial si rare en ces temps-là. Dépaysement aussi bien local qu’intellectuel car il était écrivain contrairement à mes parents.
 
De ses écrits, me reste un exposé qu’il avait présenté au 2ème Congrès Algérien de la Libre Pensée et qui fut publié en 1939 aux Editions de l’Idée Libre (La documentation antireligieuse n°72) ; il y attaquait violemment le mysticisme et le considérait comme « pathologique ». Il écrivait : « La nouvelle religion sera un socialisme désintéressé, au sens le plus large du mot ». Une religion sans Dieu.
 
Et, plus loin : « Aidons les instituteurs et ne permettons pas qu’on attente à l’école laïque. Si vous voulez savoir tout le travail accompli par les instituteurs laïques, regardez simplement les efforts faits contre eux par l’église et vous serez convaincus. » Ce qui lui avait valu un grand respect de la part de certains enseignants dont ma mère, je crois, qui était institutrice.
 
Il écrivait aussi des pièces de théâtre qui, hélas, ne furent jamais jouées, ni éditées. Je ne sais pas pourquoi car il se disait avoir des appuis dans l’édition sinon dans la politique. Il semble que, malgré cela, il eut beaucoup de mal à diffuser ses écrits manuscrits.
 
Il était chroniqueur régulier du journal régional La Dépêche. En 1974, il m’informait avoir écrit pas moins de 11 pièces de théâtre, 6 romans et de nombreux recueils de poésie. Deux titres m’étaient donnés : La Cordillère et Gangrène. Il était en recherche d’éditeurs susceptibles de publier ces ouvrages. Hélas, il n’en fut rien.
 
Dans les années 1980, il publia un livre à La Pensée Universelle intitulé SAÂDA, justement sur l’Algérie. Cet ouvrage est qualifié de « très bel ouvrage » par Pierre Devesa, directeur d’école dans l’Ain et un des signataires, en 2008, de l’appel à la résistance citoyenne contre le fichage des enfants et à la désobéissance pédagogique en 2009, dans le cadre de  l’opération « Sauvons l’école publique », suite aux réformes du gouvernement de l’époque. Un slogan qui aurait certainement convenu à mon oncle.
 
A sa mort, d’autres parents à moi du côté de ma mère prirent grand soin de sa veuve… si bien que je ne sais ce que sont devenus ses manuscrits.
Il figurait en 2020 sur une liste des Pieds Noirs célèbres (site disparu depuis).